Les gladiateurs résiduels

 

Nous avons évoqué précédemment les gladiateurs antiques les plus représentatifs de l'arène :

  • Le Mirmillon
  • Le Thrace
  • Le Rétiaire
  • Le Secutor
  • L'Hoplomaque
  • Le Provocatore

Ces armaturae sont les principales, les plus importantes, les plus représentées iconographiquement et dans les textes des auteurs anciens. Par conséquent, ce sont les plus prestigieuses et surtout, les plus populaires.

De plus, elles sont les seules ( avec l'Essédaire, le conducteur de char, l'Eques, le cavalier,  et le Dimacherius, à qui nous avons voué un chapitre ) à figurer sur la très " select " liste de combattants écrite par Artémidore dans son Onirocriticon, ( au IIème siècle de notre ère ), recensant et expliquant les catégories de gladiateurs une par une.

Néanmoins, il convient de parler d'autres catégories de gladiateurs dont des traces nous sont parvenues, en bien moins grand nombre et surtout dans très peu d'écrits, ce qui témoigne de leur faible importance et d'un certain mépris du public pour elles.

Ces armaturae, en l'occurence, n'ont jamais duré sur le long terme, et représentent ce que M. Teyssier appelle, dans son ouvrage La mort en face,  la " gladiature résiduelle ".


 

 

 

Très rares sont les sources nous instruisant sur l'Andabate : quasiment inexistant dans les textes et supposé sur une seule iconographie, tout ce qui semble sûr à propos de ce " combattant " était qu'il avait les yeux bandés. Certains écrits laissent supposer qu'il repérait son adversaire au fait que ce dernier portait une ou plusieurs clochettes à sa tenue. Il combattait donc à l'aveugle.

Connaissant la technicité de la gladiature et l'exigence en matière de beauté des combats des spectateurs, il apparaît qu'il soit fort peu probable que cette catégorie soit réellement assimilée aux gladiateurs à proprement parler : voir un combattant avancer à tâtons et frapper dans le vent n'a rien d'éblouissant.

Certains évoquent la possibilité que l'Andabate soit assimilé aux Pegnarii, ces " bouffons " déguisés en gladiateurs qui amusaient la foule pendant les temps morts des Jeux; d'autres, que la cruauté de cette armatura rapprocherait plus cela d'un supplice destiné aux Meridianii, les heures chaudes de midi où sont exécutés les condamnés à mort, avec parfois de très grands raffinements. Il apparaît plus plausible dans ce cas précis, d'aveugler un condamné et de lui donner comme seule chance de pouvoir frapper son adversaire qu'une ridicule petite clochette lui permettant de l'entendre.

 

 

 

 

 

Les Crupellarius se rapprochent déjà davantage de réels combattants sérieux.

Lourdement armés et totalement cuirassés par des segments de cuir ou de métal posés sur tous leurs corps, ils s'affrontaient uniquement entre eux, à la manière des Provocatores.

Il apparait que les seules traces archéologiques de ce combattant n'aient été retrouvées qu'en Gaule, où semble-t-il, les Crupellarius avaient un réel petit succès. Néanmoins, aucune trace de leur existence dans le reste de l'Empire. Ce qui équivaut à dire qu'il appartenait plus au folklore gaulois qu'aux réelles catégories de gladiateurs romains.

 

Statuette en bronze retrouvée en Côte-d'Or.

 

 

 

 

 

Le Sagittaire est armé en tout et pour tout d'un arc et de trois flèches. Leur apparition date du 1er siècle av JC, ils disparaissent dès la professionnalisation de la gladiature, au 1er siècle de notre ère.

S'opposant en groupes, ils ne peuvent être assimilés à de réels combattants, puisqu'ils ne semblent pas aller jusqu'au corps à corps, se contentant de rivaliser d'adresse en décochant leurs flèches à distance. Le fait qu'ils soient dépourvus de boucliers permet de croire que les affrontements devaient être sanglants, puisqu'ils étaient dans l'incapacité de protéger leur corps des flèches ( hormis à la tête, puisqu'ils ont un casque. )

 

Bas-Relief de Florence

 

 

 

 

 

Les Veles ( également appelés Vélites ), un peu comme les Sagittaires, sont dotés d'armes de jet et combattent à distance. La seule différence est qu'ils sont armés de lances, et dotés de boucliers.

Tout aussi rares dans les écrits et les représentations iconographiques, nous savons très peu de choses sur leur manière de s'affronter.

 

 

 

 

 



Médaillon de la villa de Nennig, Allemagne.


Les Paegniari en tant que " combattants " ..

Méritent-ils seulement le titre de combattants, le doute est permis. Les paegniari sont dotés de vêtements rembourrés, n'ont pas de bouclier et pour toute arme un fouet ou un bâton. Les écrits à leur sujet sont plus nombreux, mais uniquement pour les évoquer, et non pour s'y attarder. Preuve toutefois de leur relative popularité par rapport aux précédents combattants cités. Mais les historiens sont relativement unanimes à leur sujet : ce ne sont pas des combattants à proprement parler, mais bel et bien des bouffons destinés à divertir le public lors des temps morts des Jeux. On recense notamment quelques informations qui nous confortent dans cette thèse : il n'était pas rare de voir des personnes de petite taille, des vieillards, des éclopés ou toute personne ayant déplu à l'empereur jouer au paegnarius lors des Jeux. Cela souligne à la fois l'aspect burlesque ( les Romains sont cruels, faut-il le rappeler, et aiment se moquer des faibles ) mais aussi l'aspect punitif ( humiliation pour ceux contre qui l'empereur a un grief ). En cela, oui, la foule devait apprécier le divertissement.





Médaillon de la villa de Nennig, Allemagne.


Les Paegniari en tant qu'assistants lors des chasses :

C'est lors des chasses que ces hommes deviennent d'une utilité incontestable ( théorie de K. Kazek, Musée archéologique de Metz ).

Il apparaît dès lors clairement que leur équipement ( boudins de protections et fouet ), inadapté au combat, prend dès lors une dimension autre au contact des bêtes.

Le monde moderne n'a rien inventé : Voyez...



Attaque au mordant par un Malinois dans un centre de cynophilie.


Ainsi, on peut supposer que les Paegniari ( dont la présence est attestée sur des illustrations de chasse ) y avaient une utilité autre que la clownerie.

Véritables superviseurs des combats ( toujours selon K. Kazek ), ils sécurisent les affrontements ou excitent des bêtes trop passives.
Ainsi, leur fouet, qu'ils font claquer au sol ou sur les bêtes, les incite à attaquer ( spectacle relancé ) et leurs boudins de protection, notamment celui du bras, servirait à attirer à eux une bête trop agressive le temps éventuellement que le gladiateur trop vite renversé reprenne pied ( spectacle prolongé ).

On comprend ainsi mieux la popularité qu'avait ce Paegniarius de 98 ans, dont la stèle est emplie de témoignages d'affection des gladiateurs du Ludus, preuve d'un respect certain.


 

 

 

 

Assimilé au Pegnarius, il semble que ce combattant ne soit qu'un bouffon destiné au divertissement du public. Apparemment armé d'un lasso ( comme son nom l'atteste ) avec lequel il étranglerait son adversaire ( dont nous ignorons l'identité ), nous n'avons cependant aucune image les représentant.

 

 

Un souci avec un terme du vocabulaire ? N'hésitez pas à en chercher la signification dans le Lexique.

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