L'esclavage

Les origines de l'esclavage remontent à la Chine, et semblent même antérieures à 1500 av JC ( Dynastie Chang ).

L'esclavage est en effet la base de toute civilisation antique, il fut pratiqué aussi bien en Chine donc, qu'en Mésopotamie, en Egypte, dans le royaume d'Israël, en Grèce, à Rome....

Les esclaves sont la plupart du temps des prisonniers de guerre, ou des surendettés incapables de rembourser leurs créanciers. Leur nombre fluctue en fonction des périodes de conflits ou des crises économiques, mais reste malgré tout relativement stable grâce à leur descendance, étant donné le caractère héréditaire de leur condition.

 

LE TRAFIC D'ESCLAVES :

 

Contrairement à la Grèce, qui gère un trafic interne où chaque province s'occupe uniquement de son quota d'esclaves, Rome pratique un commerce beaucoup plus global.

Le trafic commence dans les villes ennemies de Rome prises d'assaut, ou sur les champs de batailles. Le trafiquant parcourait également les contrées où sévissaient despotisme, guérillas et misère pour y trouver des surendettés réduits en esclavage ou des miséreux acculés à cette unique option pour sauver leur famille.

Il les vendait ensuite lui-même au détail au marché aux esclaves, ou à un revendeur avec un prix de gros et un pourcentage sur la vente, ou encore directement à un riche client privé.

Le trafiquant est appelé " leno " ou plus généralement " mangon ", ce qui signifie maquilleur, maquignon. En effet, lorsque les esclaves sont présentés à la vente, il faut qu'ils aient une apparence impeccable pour partir à un bon prix. Certains sont fatigués par le voyage, marqué par la faim et une vie de labeur, ont une mauvaise hygiène ou des infirmités voyantes.

Le mangon va camoufler tout ça de son mieux à grands renforts de résine ( pour combler les creux et masquer les blessures ), de fard à joues pour donner bonne mine, et dissimulera autant que possible les premiers signes de puberté chez les jeunes.

Son statut est très méprisé : " Ces marchands d'esclaves qui ressemblent aux mouches, aux cousins, et aux poux, et aux puces : toujours odieux, malfaisants, incommodes, jamais bons à rien ! " - Plaute, Curculio, IV, 2, 503 -

L'esclave est présenté à la foule nu, parfois en cage, les pieds enduits de blanc, et porte au cou un écriteau mentionnant son âge, son origine, ses talents s'il en a. Cette vente est très codée et ses symboles sont bien connus des Romains : ainsi, si les pieds blancs sont tout simplement le signe de la servitude, le port d'une couronne signifie qu'il s'agit d'un prisonnier de guerre et le port d'un bonnet, que l'esclave ne sera ni garanti ni remboursé.

Barbares, Thraces et peuplades du Nord ne sont pas très appréciés, sinon pour des travaux rudes : ils sont certes forts et résistants, mais sont réputés désobéissants et rebelles. En revanche, Asiatiques et Grecs sont très prisés, et pour peu qu'ils aient un peu d'érudition ou quelque don artistique, ils feront des esclaves raffinés voués à une clientèle de luxe.

En cas de vices rédhibitoires, l'acheteur a néanmoins des recours face au trafiquant : un Edit de Rome ( rapporté par Cicéron ) nous apprend qu'en cas de maladie cachée, d'infirmité ou de passé judiciaire de l'esclave, le mangon devra rembourser l'esclave et le reprendre. Platon nous parle également de la législation en vigueur dans Des Lois.

L'achat d'un esclave reste le moyen le plus sûr d'en être le propriétaire incontesté : un enfant exposé, contrairement à un qui aurait été vendu par son père, n'appartiendra pas à celui qui le recueille : on considère en effet que le père a encore des droits sur lui.

 

 

 

 

LE STATUT DES ESCLAVES :

 

L'esclave appartient totalement à son maître, qui a un droit de vie et de mort sur lui. La Lex Aquilia ne fait pas de différence au IIIème siècle av JC entre un esclave et un animal de troupeau. Il est considéré comme un objet et soumis à la règlementation sur les lois de la propriété ( loué, vendu, saisi... ) Il ne pourra bénéficier d'aucun droit civique ni être propriétaire d'aucun bien.

A Rome, ces mesures s'assouplissent peu à peu : l'esclave pouvait économiser un pécule en vue de racheter sa liberté, avoir une concubine et des enfants ( mais sans statut civil ) et un maître peut être sanctionné pour mauvais traitements abusifs sur son esclave.

Devant un tribunal, il sera toujours châtié plus durement, à faute égale, qu'un citoyen... d'ailleurs, très souvent par la mort ( la crucifixion, qui leur est réservée ). En ce qui concerne l'équivalence du serment du citoyen, pour des aveux recevables, pour l'esclave cela consiste en la torture : en effet, un aveu d'esclave n'a de valeur que s'il a été copieusement torturé avant et qu'il maintient ses dires.

Les esclaves bénéficient tout de même de quelques petits privilèges, ainsi la fête des Saturnales qui leur est dédiée tous les ans ( du 17 au 23 décembre sous Domitien ), et lors de laquelle ils avaient le droit de se comporter comme les maîtres de la demeure, mangeant à la table du dominus, se payant même le luxe de se faire servir par lui parfois.

Bien qu'ils n'aient pas de statut civique, on hésitait cependant pas à faire appel à eux en temps de guerre, lorsque la situation l'exigeait, pour grossir les rangs de l'armée ! Pendant la 2ème Guerre Punique ( 217 ), le dictateur juif Junius Pera préféra acheter 8000 esclaves et les envoyer au combat que payer les rançons de Romains faits prisonniers par l'ennemi. De même, Catilina, César, Pompée, Auguste et Marc-Aurèle utilisèrent des esclaves, et parfois même des gladiateurs, dans leurs armées.

 

LE QUOTIDIEN :

 

 

On distinguait cinq catégories d'esclaves :

 

1. Ceux assignés aux travaux de peine :

 

En général, des criminels. Ils sont envoyés aux travaux forcés, mines, carrières, mouture de grain, et meurent d'épuisement dans des conditions de vie effroyables.

 

2. Les esclaves agricoles :

 

Travaux de la propriété rurale du maître, ou de sa villa de campagne, sous la direction d'un villicus, un esclave intendant.

 

3. Les esclaves domestiques :

 

Toute la démesure romaine s'exprime dans cette catégorie : à Rome, le nombre d'esclave est un signe ostensible de richesse. Livie, la femme d'Auguste, n'avait pas moins de 1100 esclaves pour elle seule ! On hésite donc pas à s'entourer de trois fois trop d'esclaves pour le côté clinquant, il y en a pratiquement un pour tout et n'importe quoi. Ce qui d'ailleurs finit par avoir un côté légèrement inquiétant pour les Romains, qui frémirent parfois, comme le raconte Sénèque : " On fit jadis, au Sénat, la proposition de distinguer par le vêtement les esclaves des hommes libres. Mais bientôt, on sentit quel danger nous menaçait, dès l'instant où nos esclaves commencèrent à nous compter... "

 

4. Les esclaves publics :

 

Construction et entretien des monuments et espaces publics, mais aussi rôles administratifs tels que secrétaires, messagers, comptables...

 

5. Les esclaves sacrés :

 

Préposés aux rites, entretien des temples, offrandes et dévotions, prostitution sacrée...

 

 

DES RELATIONS AMBIGUES :

 

On notera toutes sortes de relations maîtres / esclaves dans Rome :

Ainsi, certains comme Caton l'Ancien étaient dans la contradiction, n'hésitant pas à manger à la table de ses esclaves dans les champs, à même la terre, en égal, mais les faisant ensuite payer une taxe pour avoir le droit de s'accoupler entre eux...

Cicéron entretenait avec son favori Tiron une relation amicale quasi fraternelle, Sénèque écrivait à son esclave Lucilius des lettres, destinées entre autres à faire son éducation et lui donner des valeurs nobles.

D'autres comme Largius Macedo, en 101, décrit comme " hautain et cruel " par Pline le Jeune, fut un mauvais maître, et fut tué par ses esclaves.

 

 

 

Support : Histoire antique et médiévale n°24, nov 2010

Commentaires (3)

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