Un combat de A à Z

Nous avons vu que la gladiature n'était pas cette boucherie sanguinaire que beaucoup imaginent encore.

Mais alors, comment se déroulait exactement un combat de gladiateurs ?

 


 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Pompa était le nom donné à la parade des combattants dans l'arène ( ou quel que soit le lieu où se déroulait le Munus ) avant de passer à l'affrontement à proprement parler. Précédés des musiciens, des arbitres et des tabellarii - porteurs de pancartes indiquant leur nom et leur palmarès - , les combattants défilaient en faisant un tour d'honneur, sous les cris des spectateurs, qui les reconnaissaient, acclamaient leurs favoris et huaient les autres dans un brouhaha infernal.

Pour cette occasion, les gladiateurs revêtaient la plupart du temps un équipement spécial, destiné à impressionner le public, dans la mesure de leurs moyens : les tenues qu'ils portaient n'étaient donc pas forcément celles qu'ils auraient lors du combat; on a en effet retrouvé à Pompéi des artefacts très travaillés, ciselés, décorés, ornés, qu'on ne retrouve pas sur les iconographies dans leur généralité.

Après ce tour d'honneur, vient la prolusio, c'est-à-dire l'échauffement devant le public : les combattants n'avaient pas leurs armes ( on suppose que c'est à ce moment que du personnel de piste les emmenaient aux organisateurs, pour qu'ils en vérifient le tranchant avant les affrontements, comme nous le certifient les textes ). Puis les gladiateurs rejoignaient les "coulisses" et attendaient que vienne leur tour.

 


 

 

 

 

Lorsque la paire de gladiateurs était appelée dans l'arène, les combattants s'avançaient vers la loge de l'Editor qui avait financé les Jeux ( ce pouvait être, comme on l'a vu, un riche plébéien, un noble patricien, ou l'Empereur lui-même ).

Alors que les porteurs de des pancartes brandissaient les écriteaux vers le public, les gladiateurs tournaient leurs visage vers l'Editor et levaient leurs armes en guise de salut.

Nous supposons qu'ils se saluaient ensuite eux-mêmes, comme nos champions actuels ( tennis, boxe etc.. ) se serrent la main avant l'affrontement, mais rien n'est moins sûr, nous n'avons aucune source en la matière.

L'arbitre les faisaient alors prendre leurs places et engageait le combat.

Oubliez le " Avé César " etc.., voir la page des idées reçues.

 


 



 

L'arbitre, qui jusqu'alors avait placé son bâton entre les deux hommes et vérifié d'un signe de tête qu'ils étaient prêts, donne alors le signal du départ par un "Pugnate !! " sonore. Les gladiateurs doivent donner un combat subtil, ni trop long ( pour ne pas ennuyer le public ) ni trop court ( ce qui le frustrerait ). Tout l'art consistait à réaliser un affrontement agréable à regarder, qui tenait en haleine et satisferait les spectateurs.

Spectateurs qui ne se gênaient pas pour hurler leur ressenti, encourager ou invectiver les combattants :

Habet ! hoc habet ! : touché !

Mitte ! : gracie-le !

Occide ! : tue-le !

Iugula ! : égorge-le !

Verbera ! : frappe-le !

Ure ! : brûle-le ! (au fer rouge ; ces deux cris s’adressent à l’arbitre)


Sans oublier les questions existentielles...

Quare tam timide incurrit in ferrum ? : pourquoi a-t-il si peur de se jeter sur l’épée ?

Quare parum audacter occidit ? : pourquoi manque-t-il d’entrain pour tuer ?

Quare parum libenter moritur ? : pourquoi meurt-il de si mauvaise grâce ?

Etant donné que les gladiateurs n'avaient pas le droit de se donner de coups mortels ( ce qui priverait le public et l'Editor de leur sacro-saint droit de décision finale ), les coups devaient être assez brutaux pour déstabiliser et fatiguer l'autre, sans pour autant le blesser trop sévèrement. Le nec plus ultra consistait en fait à harceler l'autre de touches bénignes, en en encaissant soi-même le moins possible, pour le contraindre à abandonner par dégoût.

L'arbitre veillait à ce que ne soient pas portés de coups interdits ( sous la ceinture, dans les yeux etc ) et à ce que les deux hommes combattent avec hargne sans faiblir, au besoin il les frappait pour les séparer ou au contraire pour les forcer à accélérer le tempo. Le combat ne durait pas plus de deux ou trois minutes, ce qui niveau cardio sous un casque, et avec la perte de sang et la douleur liées aux blessures, est déjà exceptionnel.

 

 

 

 

 

 

 

Plusieurs fins étaient possibles.

  • Un des deux gladiateurs s'avouait vaincu, et levait le doigt en signe d'abandon de sa part. Il pouvait également lâcher ses armes ou s'agenouiller. Son sort était à présent entre les mains du public et de l'Editor, qui avait le pouvoir de la décision finale. Il avait tout intérêt à avoir livré un beau combat car autant les Romains grâciaient facilement un homme valeureux, autant ils adoraient voir mourir un lâche. Sénèque faisait partie des personnes du public impressionnées par la vaillance de certains gladiateurs : " J'ai vu un gladiateur vraiment courageux. Il était blessé mais continuait à combattre en restant fermement debout face à son adversaire tout en tenant sa blessure avec sa main. Une autre fois, j'en ai vu un encore plus courageux, qui, après avoir été blessé, s'est retourné vers la foule qui demandait sa grâce pour son courage, en faisant signe du bras qu'il n'avait rien et ne voulait être recommandé par personne. "
  • Les deux gladiateurs sont de force égale, le combat s'éternise sans qu'aucun des deux ne faiblisse face à l'autre. Cela devient vite ennuyeux, et l'arbitre n'hésitera pas à suggérer d'arrêter le combat. L'Editor pourra offrir un temps de repos aux combattants, pendant lequel ils pourront même se désaltérer.. Mais il a également l'option de les grâcier tous les deux. Priscus et Verus, ainsi qu'Achillia et Amazonia, ont ainsi été Stante Missi, c'est à dire déclarés vainqueurs tous deux.
  • Les deux gladiateurs offrent un combat pathétique, que ce soit par manque d'entraînement ou parce qu'ils rechignent à se faire du mal pour se préserver leur capital physique. L'Editor n'hésitera pas à les tuer tous les deux, peu importe la somme en jeu. Un Romain ne tolère pas la faiblesse.

Le public manifestait son désir, non pas comme le veut la légende avec un geste du pouce, mais plutôt tendant la main, ouverte, devant eux s'il désirait la mort - en criant "Jugula !" - ou en brandissant le poing, fermé, pour la vie.

Pour lire une analyse de ce fameux geste de pouce mythique, cliquez ici.

 

En bref, on retiendra que la mise à mort était rare, du moins jusqu'au 1er siècle de notre ère. Un gladiateur qui s'était bien battu risquait rarement de périr, même s'il avait perdu son combat.. à condition d'avoir quelques combats à son actif. Un jeune tirone débutant et n'ayant pas encore conquis l'amour du public risquait effectivement réellement sa vie. Par la suite, la décadence de Rome et le mépris de la gladiature entraînera un pourcentage de gladiateurs morts dans l'arène de plus en plus important...

Certaines scènes aussi imprévues qu'intenses pouvaient se jouer dans l'amphithéâtre à l'issue d'un combat.. les pièces archéologiques nous livrent des téloignages émouvants, comme ce gladiateur, un Rétiaire, qui se jette aux pieds de son adversaire, le redoutable Secutor, comme pour le supplier. 

 


 



 

 

 

 


Si le public et l'Editor avaient voté la mort d'un des combattants, tout l'honneur de ce dernier consistait alors à accepter le verdict sans broncher. Il s'agenouillait face à celui qui l'avait vaincu, et enserrait sa jambe de ses bras. Le vainqueur devait alors le mettre à mort, soit en lui enfonçant sa lame par l'épaule jusqu'au coeur, soit dans le dos.

Le terme Iugula, signifiant " égorgement ", n'est apparemment pas à prendre au premier degré, aucune source ne nous étant parvenue montrant un gladiateur se faire trancher la gorge.

Le stoïcisme des gladiateurs condamnés qui acceptaient la sentence sans sourciller était légendaire et fascinait les Romains. Cicéron lui-même, qui pourtant n'était pas un grand fan de munus, admettait que cette attitude était parfaitement incroyable, comme en attestent ses paroles : " Quand aux gladiateurs, qu'ils soient des hommes déchus de tout droit ou des barbares, quels coups ne sont-ils pas capables de supporter ? Voyez de quelle façon ceux qui sont bien entraînés préfèrent recevoir un coup plutôt que de l'esquiver lâchement; à quel point ils cherchent par dessus tout à donner satisfaction à leur maître ou au public. Même couverts de blessures, ils envoient demander à leur maître s'ils doivent poursuivre le combat : si ceux-ci jugent que cela suffit, ils sont prêts à s'avouer vaincus en se laissant tomber à terre. Quel gladiateur, même médiocre, a jamais gémi ? Lequel a changé de visage ? Lequel a jamais fait preuve de lâcheté, je ne dis pas seulement dans le combat, mais même jusque dans la défaite ? Lequel, une fois à terre, a jamais retiré son cou s'il a reçu l'ordre de recevoir le coup fatal ? Telle est la puissance de l'entraînement, de la pratique, de l'habitude.. "

Et à ceux qui pensent encore que les gladiateurs ne sont que des tueurs sans aucun état d'âme, aussi froids et cruels que des assassins, voici un autre témoignage qui a traversé les siècles, moulé sur une lampe à huile au Ier siècle de notre ère : un Rétiaire, allongé sur le corps de sa victime, un Secutor, les bras repliés sous lui. L'illustration est aussi claire que poignante : il s'est effondré en larmes sur le corps de son rival. Tension nerveuse qui s'exprime après le combat ? Subite prise de conscience ? Tristesse réelle ? on ne le saura jamais. Ni même s'il connaissait celui qu'il pleure. Mais cette image a ému bien des archéologues travaillant dessus.

 


Commentaires (4)

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