Jeux et politique

 

Cicéron discourant dans le Sénat, images de la série Rome de HBO.

 

Rome et ses jeux est une légende connue de tous et qui n'en finit pas d'étonner. Ce qu'on appelle " la grandeur et la décadence " de Rome, suite au véritable culte qu'elle voue aux jeux de l'amphithéâtre, fait passer pour des dégénérés stupides, paresseux et sanguinaires la plèbe ( le peuple ) romain.

Lorsque nous disons " politique dans Rome ", nous avons tous en tête les images de sénateurs romains, riches magistrats élus par le peuple, discourant pendant des heures dans leur rigide toge à bandes rouges, dans un poussiéreux et obscur Sénat, loin de ce peuple qui les a élus et de ses problèmes.

Croyez-vous vraiment que le peuple aurait aimé un César qui se moque de ses préoccupations ? Croyez-vous que le peuple aurait laissé longtemps un ramassis de vieillards embourgeoisés décider à sa place et se moquer d'eux, prenant leur or pour embellir leurs propres villas ? Croyez-vous que des empereurs comme Néron ou Auguste auraient été pleurés après leur mort comme ils l'ont été s'ils n'avaient pas été aimés, et pour cela proches, du peuple ? 

C'est là que l'amphithéâtre, et les Jeux, prennent toute leur dimension politique.  

Imaginez, à notre époque et sous réserve que vous habitiez la capitale, que vous fréquentiez votre président de la République 3 à 4 heures dans une journée, et ce chaque jour ou presque. Cela nous paraît impensable aujourd'hui, c'est pourtant ce qui se passait à Rome sous le Haut Empire ( si toutefois l'empereur n'était pas mysanthrope comme Tibère par exemple. )

Ainsi, l'éminent historien Paul Veyne nous apprend que l'Empereur assiste à la plupart des Jeux, ceux qu'il organise, ceux qu'on organise en son honneur, ceux pour son anniversaire ou pour célébrer un quelconque évènement... à cela s'ajoutaient les distributions publiques d'argent et de billets de loterie par l'empereur au peuple dans les rues ( Caligula adorait voir les gens se battre entre eux pour récupérer un cadeau ), les jugements pénaux que rendaient en public l'empereur sur le Forum, lorsqu'il présidait les sacrifices solennels, etc.. 

" La ville de Rome vivait une vie de fêtes, de plusieurs mois de fêtes par an, egrénées par séries de quelques jours au hasard du calendrier religieux; et ces mois de loisir qu'avait le public, il les passait en compagnie du Prince : il coexistait avec le Prince presque autant que des courtisans avec leur roi ". Paul Veyne, Le pain et le Cirque, p. 662. 

L'empereur se prêtait de bonne grâce à ces moments près de son peuple dans la grande majorité des cas. Il savourait sa côte de popularité et se voyait chanter des louanges ou acclamer à chaque entrée dans sa loge. On sait que Claude appelait affectueusement le peuple " Mes Maîtres " ( domini ) et le peuple lui répondait " Notre Maître " ( dominus noster ). Il plaisantait aussi souvent avec eux, et ils riaient de ses traits d'esprit. Caligula s'énervait souvent avec son peuple, car ce dernier lui tenait souvent tête, et Caligula ne supportait pas qu'on le contredise. Pour autant, il continuait de disctribuer cadeaux et jours de fêtes. Néron faisait périr d'ennui les spectateurs pendant les Jeux qu'il organisait, car soudain il lui prenait l'envie de lire ses poèmes pendant des heures. Quand il comprit que le nombre de malaises pendant ses récitals n'étaient pas dûs à la chaleur mais à une ruse des gens pour se faire évacuer, il ordonna la fermeture des portes lors de ses lectures. Pour autant, il fut pleuré sincèrement très longtemps après sa mort.

L'aspect politique de la part de l'empereur est donc simple : se mettre le peuple dans la poche. Cela réduit le vandalisme en ville, le moral du peuple est meilleur, ils se tiennent tranquilles, et lui avec.

Pour le peuple, c'est tout bénéfice : on lui offre tout, de l'argent, de la nourriture, des jeux, des billets de loterie, des spectacles, et en prime ils voient leur empereur près d'eux plusieurs heures dans la journée, et peuvent lui exposer leurs problèmes ( si ce n'est possible d'obtenir un entretien, ce sera en vociférant des tribunes jusqu'à la loge impériale à l'amphithéâtre ). Il n'était pas rare non plus que des manifestations à visée revendicatrice soient préparées et éclatent dans les gradins... Ainsi, Paul Veyne appelle l'amphithéâtre " l'arène politique ".

Commentaires (1)

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